Une petite fantaisie écrite pour le journal du club de natation. Certains noms ne vous diront rien. Il y a de petites allusions qui ne vous parleront pas.
Mais j'avais envie de le partager.
Avec vous.
"Bonjour…Levez les yeux… plus haut… Encore plus haut… Oui c'est ça : le toit de la piscine…. Comment ça il n'y a personne!! Et moi je compte pour du beurre?
Moi, Auguste Delaune, la piscine devant laquelle vous passez chaque jour.
Ils ont bien fait les choses à l’époque : quatre bassins, des plongeoirs. Mais ils m’ont donné un nom de garçon ! Ballot,
non ?
Revenons à nos moutons : une piscine qui parle.
Pourquoi est-ce que je vous parle aujourd'hui? Je n'en sais trop rien. Pourquoi vous? Une histoire de mauvais endroit et de mauvais moment.
Ou de bon endroit et de bon moment. A vous de juger.
Peut-être tout simplement le besoin de raconter, de partager tout ce que je vois, entends, ressens.
Au petit matin mes tuyauteries se dilatent doucement quand le chauffage se remet en route. L’eau chaude circule. Alimente ma vieille
carcasse. Le personnel arrive tout doucement. C’set qu’ils ont leurs habitudes, vous savez.
Puis, l’heure tant attendue arrive.
Un murmure qui enfle à leur approche, s’amplifie, remplit tout l’espace pour devenir une joyeuse cacophonie. L'heure des enfants.
Ceux du matin.
Encore imprégnés de la tiédeur de leur lit, ils appréhendent l'eau froide –(c'est pas moi qui choisis mes poulets, moi aussi je la préfèrerais plus chaude).
Ils pénètrent dans mon gosier, vont chatouiller mes flancs de leurs cris en se déshabillant…pour échouer au bord des bassins. Je les sens sauter, s’éclabousser, rire de plaisir (parfois pleurer),
s’appliquer avec plus ou moins de bonheur.
Je les porte en mon sein, les protège autant que je peux. J’aimerais leur redonner la tiédeur du ventre maternel mais je n’ai à leur offrir que quelques instants de légèreté.
Tout ça couvert par les voix mélodieuses de leurs maîtresses (surtout une petite brune à lunettes).
C'est la vie qui me rend visite chaque jour avec ces enfants. Je les vois grandir, avoir de moins en moins peur. Parfois
revenir seuls avec leurs parents, leurs copains.
Loulou, Serge, Fafa, Daniel,Nathalie, Catherine, … les accueillent, leur font découvrir le plaisir de maîtriser cet étrange élément qu’est l’eau.…
Le soir, c'est "le club".
C'est quoi "le club"? Ce sont plus de 700 personnes qui m'assiègent tous les soirs de semaine. Mais l'assiégée se laisse faire avec délice.
"Le club" c'est un petit local qui déborde d'activités le soir.
Qui déborde tout court.
Certains y ont leurs habitudes depuis des années, comme Isabelle, Béatrice ou Jocelyne. Je ne parle pas de Serge ou de Daniel dont je me demande parfois comment ils arrivent à partir en vacances
loin de moi
Certains soirs il s'en passe de belles dans ce local. Ce sont les réunions du bureau. Des gâteaux, du cidre, des rires et.. chut… la
discrétion est de rigueur.
Le club ce sont les vestiaires ou de petites filles échangent leurs premières confidences.
Des douches ou les garçons comparent discrètement leurs musculatures.
Ce sont des bassins où des nageurs de 5 à 65 ans déclinent toutes les façons de nager la brasse, le crawl, le papillon ou le dos.
Où des regards énamourés sont échangés entre ados (ou moins ados… si vous croyez que je ne vous vois pas).
Le club ce sont les dimanches compétitions. Des gradins pleins à craquer. Une odeur de bonbons qui flotte autour de Chantal et d'Hélène. Le
hall bassin qui retentit des sifflets du starter et des cris des parents. Des enfants tremblent, sourient, pleurent de déception. Des cris d’encouragements, des applaudissements. Des officiels
qui font semblant d’être sévères. Papy et mamie qui viennent prendre des photos. Des bonnets, des claquettes ou lunettes oubliés dans tous les coins.
Il paraît que j'ai une sœur. Une petite sœur. Elle s'appellerait Guimier. Je ne l'ai jamais vue . Je crois qu'elle n'a pas la chance
d'abriter autant d'activités que moi. Elle est plus petite, moins pratique. Mais j'aimerais bien la connaître, qu'on échange nos impressions. Un jour, peut-être.
Le soir, quand les portes se referment sur les retardataires (toujours les mêmes, n’est-ce pas ?), je me retrouve bien seule, bien
sombre. Mes couloirs sont vides, aucune ride n'apparaît plus dans les bassins. Je ferme les yeux en n'ayant qu'une envie : voir le matin et mes petits hôtes arriver.
Voilà tout ce qu'une piscine qui parle a envie de vous dire.
Vous pouvez passer votre chemin, oublier tout ça.
Vous dire que c'était un rêve comme un autre. Un gentil délire.
Ou me regarder autrement la prochaine que vous viendrez me rendre visite."
C.P.
Vos bavardages...