Dimanche 23 septembre 2007
Le 09 septembre je suis allée voir une représentation de Cyrano de Bergerac jouée par Jacques Weber. Pour la petite histoire, j'ai vécu 20 ans à Bergerac où
Cyrano est évidemment très connu.
La représentation avait lieu au Grand Hôtel dans le 9ème arrondissement. C'est hôtel de luxe : portes à tambours, valets en en tenue, voitures de luxe... J'ai fait une fois le tour du
pâté de maison avant d'oser rentrer.
En rentrant je me suis dirigée vers un "monsieur en uniforme" pour demander mon chemin. J'ai évidemment réussi à le faire éclater de rire en 2 phrases. Cela m'a aidée à me sentir mieux.
Je n'avais jamais vu la faune de ce genre d'hôtel mais en traversant le bar j'ai été stupéfaite. Plusieurs hommes étaient vautrés sur des canapés, l'atmosphère était enfumée.. Des gamins
couraient partout en braillant.
J'ai aussi découvert que le riche était mal élevé. J'ai tenu la porte à une dame (un peu âgée, griffée de la tête aux pieds, ultra maquillée). Elle est passée en ne me regardant même pas.
Elle n'a pas tenu la porte pour le monsieur qui arrivait un peu après . Evidemment . Mais elle n'a pas non plus remercié... Si j'avais été dans un univers plus familier je l'aurais rembarrée.
Là j'avais perdu mes réflexes.
Nous sommes allés dans un grand salon. Sièges dorés avec coussin en velours (beau mais pas confortable...). Estrade en guise de scène. Décor minimaliste : un drap blanc, une
table, deux chaises. Ambiance intime.
Puis ils sont arrivés : Jacques Weber, Anne Suarez et Xavier Thiam. Jacques weber est passé à un mètre de moi. Il a vieilli mais quelle prestance!! Quel coffre!!
Jacques
Weber
Anne Suarez et Jacques Weber Xavier Thiam
La représentation: deux heures de bonheur à l'état pur. Je connais pratiquement toutes les répliques mais la pureté de la mise en scène, qui laissait toute la place au
texte a permis de le redécouvrir.
La tirade du nez ...exceptionnelle.
ah ! Non ! C' est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en
somme...
en variant le ton, -par exemple, tenez :
agressif : " moi, monsieur, si j' avais un tel nez,
il faudrait sur le champ que je me l' amputasse ! "
amical : " mais il doit tremper dans votre tasse :
pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! "
descriptif : " c' est un roc ! ... c' est un pic... c' est
un cap !
Que dis-je, c' est un cap ? ... c' est une péninsule ! "
curieux : " de quoi sert cette oblongue capsule ?
D' écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? "
gracieux : " aimez-vous à ce point les oiseaux
que paternellement vous vous préoccupâtes
de tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? "
truculent : " ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
la vapeur du tabac vous sort-elle du nez
sans qu' un voisin ne crie au feu de cheminée ? "
prévenant : " gardez-vous, votre tête entraînée
par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! "
tendre : " faites-lui faire un petit parasol
de peur que sa couleur au soleil ne se fane ! "
pédant : " l' animal seul, monsieur, qu' Aristophane
appelle hippocampelephantocamélos
dut avoir sous le front tant de chair sur tant d' os ! "
cavalier : " quoi, l' ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau c' est vraiment très commode ! "
emphatique : " aucun vent ne peut, nez magistral,
t' enrhumer tout entier, excepté le mistral ! "
dramatique : " c' est la Mer Rouge quand il saigne ! "
admiratif : " pour un parfumeur, quelle enseigne ! "
lyrique : " est-ce une conque, êtes-vous un triton ? "
naïf : " ce monument, quand le visite-t-on ? "
respectueux : " souffrez, monsieur, qu' on vous salue,
c' est là ce qui s' appelle avoir pignon sur rue ! "
campagnard : " hé, ardé ! C' est-y un nez ? Nanain !
C' est queuqu' navet géant ou ben queuqu' melon nain ! "
militaire : " pointez contre cavalerie ! "
pratique : " voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! "
enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
" le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
a détruit l' harmonie ! Il en rougit, le traître ! "
-voilà ce qu' à peu près, mon cher, vous m' auriez dit
si vous aviez un peu de lettres et d' esprit :
mais d' esprit, ô le plus lamentable des êtres,
vous n' en eûtes jamais un atome, et de lettres
vous n' avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d' ailleurs, l' invention qu' il faut
pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
que vous n' en eussiez pas articulé le quart
de la moitié du commencement d' une, car
je me les sers moi-même, avec assez de verve,
mais je ne permets pas qu' un autre me les serve.
La rencontre chez le rôtisseur m'a faite pleurer.
La scène du baiser.... J'avais le coeur brisé.
(Cyrano gagne le baiser de Roxane avec ses belles paroles et , je crois, son amour sincère. Mais c'est Christian qui va le cueillir, laissant Cyrano
seul)
Cyrano
aïe ! Au coeur, quel pincement bizarre !
-baiser, festin d' amour dont je suis le Lazare !
Il me vient dans cette ombre une miette de toi, -
mais oui, je sens un peu mon coeur qui te reçoit,
puisque sur cette lèvre où Roxane se leurre
elle baise les mots que j' ai dits tout à l' heure !
A la fin, quand Cyrano meurt... J'ai passé un kleenex à ma voisine.
Evidemment je me suis levée pour applaudire. On était quelques uns. On était tellement peu et si près d'eux qu'ils nous regardaient les uns après les autes en remerciant d'un hochement de tête.
Je suis rentrée chez moi en ayant l'impression de flotter sur un nuage. C'était tellement beau.
Histoire de vous prouver que je ne change pas.
J'ai eu la mauvaise idée de m'assoir à côté du poteau qui souteneit les éclairages. Comme j'avais les jambes croisées, mon pied droit alllait sans cesse (et inconsciemment) jouer avec le bas du
poteau. Jusqu'au moment où je l'ai vu vaciller... en pleine représentation. Personne n'a rien vu ... Pffuiii. Ensuite j'ai surveillé mes pieds
Vos bavardages...