Prière
Nous sommes les oiseaux d'une île nouvelle
Tout est toujours à recommencer
Nous allons créer d'autres cris d'oiseaux
Tout est toujours à recommencer
Nous allons créer des fontaines
Et une eau propre
Et un ciel clair
Nous allons laver nos yeux de nos larmes
Aux chutes du fleuves avenir
Tout est toujours à recommencer
Nous allons escalader les désastres
Pour y planter la vie
Nous allons aller au sommet de cet
Everest de peine
A force de courir
A force de pâlir
A force de nous cogner aux murs de ce bas monde
Nous déboucherons dans les plaines de la sagesse
Et moi je te hisserai devant moi
Comme la proue d'un vaisseau
En pleine mer démontée
Tout est toujours à recommencer
Sur ma Pompéï ensevelie
J'installerai un nouveau pays.
Jules Beaucarne
J'ai craqué pour ce poème...
C'est encore arrivé.
Il y a quelques jours "on" m'a conseillé une liste de poètes sud-américains. Je n'y connais pas grand'chose en poésie et encore moins en littérature sud-américaine (à part Borgès). J'étais vraiment
persuadée que ça ne me plairait pas, que je ne serais pas capable d'apprécier, de comprendre, d'être touchée.
Mais comme je suis curieuse (hé je suis une fille quand même!) je suis allée farfouiller. On ne sait jamais.
Le choc dès les premiers mots.... Une magnifique rencontre que j'aurais pu ne jamais faire.
Oui, cette fois-ci encore ça a marché...
Il meurt lentement
Celui qui ne voyage pas,
Celui qui ne lit pas,
Celui qui n’écoute pas de musique,
Celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.
Il meurt lentement
Celui qui détruit son amour-propre,
Celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement
Celui qui devient esclave de l’habitude
Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
Celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
De ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu
Il meurt lentement
Celui qui évite la passion
Et son tourbillon d’émotions
Celles qui redonnent la lumière dans les yeux
Et réparent les coeurs blessés
Il meurt lentement
Celui qui ne change pas de cap
Lorsqu’il est malheureux
Au travail ou en amour,
Celui qui ne prend pas de risques
Pour réaliser ses rêves,
Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
N’a fui les conseils sensés.
Vis maintenant !
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d’être heureux !
Traduction d'un discours - Prix nobel de littérature 1971
Idéalisme et réalisme, je vous aime,
Comme l'eau et la pierre vous êtes
parties du monde,
lumière et racine de l'arbre de la vie.
Non, ne me fermez pas les yeux.
lorsque j'aurai cessé de vivre,
j'en aurai besoin pour apprendre
pour regarder et comprendre ma mort.
Il me faut ma bouche
pour chanter après qu'elle aura disparu.
Et mon âme, et mes mains, mon corps
pour continuer à t'aimer, ma chérie.
C'est impossible, je le sais, pourtant je l'ai voulu
J'aime ce qui n'a que des rêves.
J'ai un jardin tout de fleurs qui n'existent pas
Je suis résolument triangulaire.
Et je regrette encore mes oreilles,
mais je les ai enveloppées pour les laisser
dans un port, sur un fleuve à l'intérieur
de la République de Malaguette.[...]
Extrait de "la vérité"
Vendredi 28 septembre 2007
Ils cassent le monde
Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau
Mais ça m'est égal
Ca m'est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
Il suffit que j'aime
Une plume bleue
Un chemin de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j'aime
Un brin d'herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois
Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
J'aurai toujours un peu d'air
Un petit filet de vie
Dans l'oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties
Et même,
même s'ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi,
il en reste assez
Il suffit que j'aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
où s'attarde un peu de mon sang
Je l'aime je l'aime
La planche usée de mon lit
La paillasse, le châlit
La poussière de soleil
J'aime ce judas qui s'ouvre
Ces hommes qui sont entrés
Qui s'avancent, qui m'emmènent
Retrouver la vie du monde
Retrouver la couleur
J'aime ces deux longs montants
Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C'est ma fête, je suis fier
Je l'aime, je l'aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête
Oh je l'aime, je l'aime
Je l'aime pour de bon
Il suffit que j'aime
Un brin d'herbe bleue
Une goutte de rosée
Un amour d'oiseau peureux
Ils cassent le monde
Avec leurs marteaux pesants
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez mon coeur.
Boris Vian
Vos bavardages...