Mercredi soir, j'en parle à une copine. Qui me toise avec dédain pour me jeter un "je connais mais je préfère les auteurs un peu plus intellectuels."
Un peu plus tard, sous la douche, elle était en train de recracher à sa voisine l'essai politique qu'elle avait lu et visiblement pas encore digéré (là je suis méchante mais quand on ne fait que répéter les idées sans les avoir passées au moulinet de son propre esprit critique j'appelle ça recracher). Je la regardais en me faisant cette réflexion quand elle me sourit, comme on sourit à un enfant de 5 ans, pour me balancer "excuse-moi je sais que ce genre de choses est un peu ennuyeux pour toi".
Pour moi, elle est là la bêtise. Dans son mépris, sa haute opinion d'elle-même (que je ne partage pas du tout). J'ai déjà rencontré des gens brillants (à des années lumière de ce que je pourrai jamais concevoir). C'était des personnes modestes, conscientes de leur propres ignorances. Aucune suffisance, aucun mépris pour ceux qui comprenaient moins vite ou moins bien (moi en l'occurence).
Et de toutes façons, de quel droit peut-on mépriser une littérature qu'on n'aime pas? Pourquoi la littérature "populaire" serait-elle méprisable? Le peuple est-il méprisable?
Je suis persuadée que faire un succés populaire n'est pas si simple. Il en faut du talent pour écrire avec simplicité. Pour que les idées qu'on transmet soient lisibles par tous et toutes. Ne s'adresser qu'à une élite, rester dans son discours obscur de spécialiste c'est plus simple que de vouloir être entendu par ceux qui n'ont justement pas les moyens de vous entendre. Quel challenge!
Pour moi l'intelligence est ailleurs. Chez cette personne qui, au détour d'une conversation, me disait "je n'aime pas le fromage blanc" avant de se souvenir que j'en avais servi en apéritif pour corriger immédiatement "mais avec de la ciboulette c'est très bon". Qu'il aime ou pas le fromage blanc est sans importance. Mais avoir cette délicatesse l'est assurément.
Elle existe chaque fois qu'on regarde un peu plus loin que 1 m autour de son nombril. Quand on lève les yeux vers les autres.
Elle est chez ceux qui ont à coeur de bien faire leur travail. Pas mieux que.. ou plus vite que... Juste bien. Pour la satisfaction du devoir accompli.
Elle est chez ceux qui, au lieu de se rengorger de ce qu'ils ont accompli, regardent la route qui leur reste à parcourir.
Pour moi l'intelligence n'est pas une question de QI, d'études, de lectures. C'est autre chose de bien plus rare et fugitif. Je la vois souvent dans le regard de certains enfants en échec scolaire. Impuissante. Je ne peux qu'espérer qu'ils trouveront leur place dans la vie pour s'épanouir, s'exprimer. Qu'ils arriveront à ouvrir la porte à ce que je sens vibrer en eux. J'aimerais avoir la clé mais je ne l'ai pas.
Je dis tout ça, mais après tout, qui suis-je pour me permettre de donner mon avis?
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